PROBLEMATIQUE 2 :
LHUMANITE : MYTHE OU REALITE ?
OST: Etre capable de montrer que le mythe et la raison concourent à la définition de
l’Homme.
PROBLEME 2 :
LE MYTHE EST-IL SEPARABLE DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITE ?
INTRODUCTION
Notre monde actuel est fortement marqué par le succès de la science et de la
technique qui permettent à l’homme de dominer le monde, de satisfaire ses besoins
et d’avoir une connaissance plus ou moins objective de lui- même. Dans ces
conditions, l'essor de la science et de la technique ne discrédite-t-il pas les autres
disciplines et en particulier la philosophie? Au contraire, la philosophie n’est-elle pas
cette discipline qui permet de saisir les caractéristiques essentielles, de comprendre,
de connaître l’homme dans toute sa complexité ? Aussi, la raison, dans sa prétention
à connaître les choses et surtout l’homme, ne rencontre-t-elle pas des difficultés au
point de faire appel au mythe ? Avant de répondre à ces préoccupations qui visent à
montrer les limites de la connaissance, ce que la raison peut connaître, il convient de
définir les notions de philosophie, de mythe et de raison.
I- DEFINITIONS
A- LA PHILOSOPHIE
1- Qu’est-ce que la philosophie?
La philosophie est une discipline complexe qui ne se laisse pas cerner facilement
dans les limites d’une définition unique. Mais nous pouvons retenir de façon
étymologique que la philosophie est le sir, la recherche de la sagesse ou du savoir
sur tout ce qui existe. En un mot, rien ne peut échapper au regard critique de la
philosophie qui s’interroge sur tout, cherche à tout comprendre et surtout à
appréhender l’homme. La philosophie, en tant que mouvement de l'esprit qui tente
de répondre à toutes les questions que l’être humain se pose sur lui-même et sur le
spectacle du monde afin d’en comprendre le sens, a-t-elle un rôle à jouer dans nos
sociétés actuelles ?
2- La philosophie est-elle encore importante?
Si autrefois la philosophie était pleine de charme, force est de reconnaître aujourd’hui
qu’elle a perdu ce; attrait. Aussi, convient-il d’examiner le prestige et la décadence de
la philosophie.
a- Discrédit et décadence de la philosophie
Devant les multiples succès de la science et de la technique, on pense de plus en plus,
aujourd’hui, que la philosophie est dépassée, qu’elle est une véritable perte de temps
d’autant plus que bien souvent, elle ne donne pas de réponses concrètes aux
questions qu’elle soulève. A l’instar de THALES de Millet qui tombe dans un puits,
le philosophe est assimilé à un rêveur qui s’étonne sans cesse parce qu’étranger aux
réalités de son temps. Le philosophe, dit-on, est un fou qui tient des discours
hermétiques et pose des actes ridicules qui mettent en relief l’enfantillage de la
philosophie. En outre, son esprit critique fait de lui un contestateur qui a maille à
partir avec le sens commun. Cette mauvaise image du philosophe a jeté le discrédit
sur la philosophie et l’a précipitée dans la décadence. Perçu à travers l’image
emblématique de SOCRATE (le contestateur), THALES (le rêveur), le philosophe est
considéré comme une personne indésirable caractérisée par le manque de sérieux qui
suscite rejet et attaques de toutes parts. Ces critiques enlèvent-elles à la philosophie
toute utilité ? Si non, à quoi la philosophie peut-elle servir de nos jours ?
b- Prestige et nécessité de la philosophie
Un regard plus attentif nous permet de comprendre que même aujourd’hui, nous
avons plusieurs raisons de vouloir philosopher. La preuve, la philosophie ouvre sur
l’univers des idées et du savoir. Philosopher est donc un prestige ; c’est même selon
DESCARTES dans Principes de la philosophie « le plus grand bien qui puisse être
dans un Etat que d’avoir de vrais philosophes». Pour que les maux cessent dans la
cité, avait déjà conseillé PLATON dans la République. « Il faut que les philosophes
deviennent rois et les rois philosophes ». Ainsi, la philosophie entre dans la vie des
hommes pour illuminer et améliorer les hommes eux-mêmes en leur apprenant à
bien penser, à voir clair et à marcher avec prudence dans la vie. Dans l’antiquité,
l’âge d’or de la philosophie, les anciens cherchaient le bonheur dans la pratique de la
philosophie car, estimaient-ils, la philosophie développe le discernement, éduque
l’âme et la tourne vers la vérité. Comme elle renforce l’armature morale et accroît les
capacités intellectuelles de 1’ homme, la philosophie était auréolée de gloire et de
prestige. Les nombreuses écoles philosophiques fondées çà et là (l’académie, le lycée)
témoignent du rayonnement et du prestige de la philosophie dans le passé. Aussi,
parce qu’elle développe la pensée critique, la philosophie participe aux progrès
humains. C’est pourquoi les progrès scientifiques et techniques ne peuvent pas
ruiner la philosophie. La philosophie en fait n’a rien perdu de son utilité malgré les
critiques parce qu’elle prend en compte les problèmes de l’homme, les angoisses
suscitées par les progrès scientifiques. Ainsi, la philosophie reste en phase avec les
attentes de la société moderne. Elle communique à la pensée scientifique l’esprit
critique nécessaire à son progrès, mais elle développe une science morale qui lutte
contre le matérialisme aveugle de la science. En résumé, la philosophie permet à
l’homme de connaître le monde qui l’entoure et surtout de se connaître.
Une telle discipline est indispensable à toute société qui veut se construire. C’est dans
ce sens que Descartes écrit: «C’est proprement avoir les yeux fermés sans tâcher
jamais de les ouvrir que de vivre sans philosopher, le plaisir de voir toutes les
choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne
la connaissance de celle qu’on trouve dans la philosophie ». Principes de la
philosophie. En tant que discipline qui ambitionne de définir, de comprendre
l’homme et son univers, la philosophie, pour atteindre ses objectifs, n’a-t-elle pas
besoin de la raison comme instrument ?
B- QU’EST-CE QUE LA RAISON ?
Ordinairement entendue comme le contraire de la folie, la raison désigne la faculté
de compter, de régler, de mettre en ordre ou de mettre de l’ordre. Ainsi, la raison ou
le bon sens est la faculté qui permet à l’être humain de connaître, de discerner, de
juger et d’agir conformément à des principes. Comme telle, la raison est le cadre qui
permet d’accéder à la connaissance. C’est ce que soutient PIEIX en ces termes « la
raison est la règle souveraine par laquelle 1’homme peut et doit acquérir la
connaissance de toutes les vérités de toutes sorte ». Tout comme la raison, le mythe
n’est-il pas une méthode de découverte de l’intelligibilité du monde et de l’homme ?
C- QU’EST-CE QUE LE MYTHE ?
De façon étymologique, le mythe signifie fable. Il peut se comprendre dans deux sens
au moins : le mythe comme récit des origines et le mythe comme procédé
pédagogique. Il se révèle comme un récit merveilleux, fabuleux, héroïque (dont les
événements se produisent au tout début des temps) et qui fournit une tentative
d’explication des phénomènes naturels et humains (naissance du monde, de
l’homme et l’acquisition des techniques). La philosophie de Platon dispose du mythe
dans ce premier sens. C’est aussi une allégorie destinée à présenter sous forme-une
métaphorique et imagée une idée, abstraite ou une doctrine philosophique.
Telle que présentée, le mythe, tout comme la raison, semble être incontournable dans
la définition, dans la connaissance de l’homme et de son univers.
II - MYTHE ET RAISON COMME MOYEN DE CONNAISSANCE DE
L’HOMME
1- La philosophie comme manifestation de la raison
La philosophie, avons-nous montré, est un moyen de connaissance de l’homme et de
son monde. Mais dans cette connaissance de l’homme et de son monde, il n’y a pas
d’un côté la philosophie et de l’autre la raison. Dans ces conditions, la philosophie en
tant qu’effort d’explication rationnelle de l’univers et de l’homme ne s’actualise que
dans et par la raison. Ainsi, pour expliquer les phénomènes de la nature, et pour
comprendre l’homme, la philosophie n’a d’autre arme que la lumière de la raison. La
raison reste donc pour la philosophie une méthode d’accès à la connaissance et à la
vérité des choses ; c’est par la raison, et en s’appuyant sur la raison, que la
philosophie pénètre le réel et le démystifie. Si la raison est pour la philosophie une
méthode, une voie d’accès à la connaissance de l’homme et de son univers, quel
rapport le mythe entretient-il avec la philosophie ?
2- Le mythe: "deuxième main" de la philosophie
La philosophie se sert de la raison pour découvrir l’intelligibilité de la nature et pour
comprendre l’homme. Mais il arrive souvent que la raison se retrouve en face de ce
qui la dépasse, de ce dont elle ne peut absolument rendre compte à cause de sa
complexité, de son caractère trop abstrait. Aussi, l’homme étant un être complexe,
multidimensionnel, certains de ses actes demeurent inexplicables et
incompréhensibles rationnellement. Devant cette situation d’impuissance, la
philosophie recourt très souvent au mythe. Les cas sont légions. Nous pouvons citer
l’exemple mythique du parcours initiatique dans Kaydara où Amadou Hampaté
vient enseigner, à travers l’histoire apparemment naïve et enchanteresse de trois
jeunes gens à la recherche' du dieu de l'or et de la connaissance, le sens profond de
l’existence. Dans le même contexte, pour résoudre la difficile question de
l’immortalité de l’âme, pour montrer la vanité, la corruption qui caractérisent notre
monde « le monde sensible», pour expliquer la nature de l’amour ou encore pour
expliquer l’origine de l’acquisition technique chez l’homme, Platon se réfère à des
mythes respectivement dans, Le Phèdre, la publique, (livre 7), dans le Banquet-et
dans le Protagoras (XI). De la sorte, quand la raison est incapable d’appréhender une
réalité, le mythe vient à son secours. On pourrait donc affirmer que le mythe est
intrinsèquement lié à la raison et apparaît comme une de ses facettes ou de ses
étapes. Mieux, mythe et raison restent pour la philosophie des instruments
méthodologiques pour rendre compte et comprendre l’univers et l’homme.
CONCLUSION
Si le mythe et la raison semblent offrir l’image d’une exclusion au regard de leurs
caractéristiques, ils s’entremêlent et contribuent tous deux dans leurs domaines
respectifs, à définir l’homme, à montrer qu’il est de la nature de l’homme d’être
paradoxalement à la recherche d’une compréhension rationnelle tout en ayant
toujours un regard tourné vers le mythe.
CONCLUSION GENERALE (de la problématique II)
A la fin de notre réflexion, nous pouvons retenir que l’homme étant différent de ses
semblables par sa culture, par sa civilisation, son histoire ne peut pas être à tout point
de vue semblable à celle de ses semblables ou à celle de l’humanité. En effet, la
particularité des individus et des peuples fait que l’histoire de l’humanité qui
s’enrichit de l’histoire des différents individus qui la composent ne peut pas être
conforme à celle d’un individu ou d’un peuple donné.
Mieux, étant à la fois produit et agent de son histoire, l'histoire d’un individu ou d’un
peuple donné ne saurait être tout à fait identique à celle de l’humanité à cause des
différentes conditions d’existence. C’est ce qui explique la difficulté que rencontre la
philosophie dont le but essentiel est l’épanouissement de l’homme. Autrement dit, la
philosophie peine à définir, à comprendre la culture, la civilisation et l’histoire de
l’homme. Si tel est le cas, comment comprendre la part des différentes activités
humaines dans le bien- être de l’humanité ?