PROBLEMATIQUE 4 :
LA VERITE, PROBLEME DE CONNAISSANCE OU DE
COMMUNICATION ?
Objectif Général : Amener l’élève à appréhender les conditions de possibilité de la
vérité.
INTRODUCTION GENERALE
L’histoire de la science nous apprend que la connaissance scientifique n’est pas
spontanée chez l’homme. Elle est le produit d’une longue histoire ; et le mérite
d’Auguste COMTE est d’avoir retracé les étapes de cette histoire de l’esprit humain
dans son processus avec la loi des trois états. Cette loi n’est rien d’autre que l’exposé
hypothétique que retrace l'histoire de l’évolution de l’esprit humain à travers les
âges. C’est à partir de cette histoire que nous découvrons le processus de maturation
de l’esprit qui aboutit grâce à la science, à la vérité sur les choses. Mais qu’est-ce que
la vérité ?
Peut-elle se révéler réellement à l’homme ? Ou encore peut-on la réduire à la vérité
scientifique ? En d’autres termes, la science seule peut-elle atteindre la vérité ?
PROBLEME 2 : LA VERITE EST-ELLE LE PRIVILEGE DU DISCOURS
SCIENTIFIQUE ?
OST : Etre capable d’argumenter sur les limites du discours scientifique.
INTRODUCTION
Aujourd’hui, la vérité scientifique s’impose à tous comme la seule douée de valeur, la
seule crédible à cause de son objectivité et de l’accord qu’elle suscite au niveau des
esprits. Mais comment se caractérise-t-elle ? Comment s’élabore-t-elle ? Ne présente-
t-elle pas des insuffisances au point de lui nier son caractère absolu ? Ce sont ces
questions que nous allons examiner dans les passages suivants.
I- CARACTERES DE LA CONNAISSANCE SCIENTIFIQUE
La science se définit généralement comme l’ensemble des connaissances rationnelles
et universelles fondées sur la vérification expérimentale ou la démarche hypothético-
déductive. Elle se démarque alors de la connaissance sensible (fondée sur la
perception), de la connaissance vulgaire (fondée sur l’opinion, les croyances, les
habitudes, les préjugés, etc.) et de la connaissance philosophique qui repose sur la
remise en question des choses, le questionnement perpétuel.
Comme nous l’avons dit, la connaissance sensible, très proche de la connaissance
vulgaire, est constituée par la sensation et la perception. Comment ? Les sens
permettent de prendre conscience de l’existence du monde extérieur et de notre
réalité physique. La réalité extérieure à l’esprit est donnée par les impressions que
l’individu ressent. Ces impressions forment la sensation. La sensation est donc une
donnée immédiate, floue, diverse, imprécise. Mais pour qu’il y ait connaissance, il
faut que l’intelligence intervenue pour clarifier les sensations qui sont des données
physiologiques.
Cette activité de l’intelligence constitue la perception qui est la forme supérieure de
la connaissance sensible. Il y a donc collaboration étroite entre le corps et l’esprit Le
seul problème lié à cette activité est le fait que le monde perçu par un individu n’est
pas le même pour tous. La perception est subjective ; elle dépend uniquement du
sujet percevant ; elle fournit donc des connaissances relatives, non universelles. Avec
elle, chacun a sa vérité. La vérité est plurielle, relative à l'individu.
Néanmoins, la connaissance sensible reste plus fiable par rapport à la connaissance
vulgaire, cet ensemble d'informations issues d’expériences vagues, formées à partir
des choses particulières. Ce sont des informations reçues de la croyance courante
héritée de l’opinion, des habitudes, des dogmes, des traditions.
Elles ne sont fondées sur aucune donnée démontrable. Le sens critique de la preuve
lui fait défaut. La connaissance vulgaire est subjective parce que, avec elle, le sujet a
ses propres convictions, ses propres informations et entretient l’illusion que ses
propres états de conscience représentent une norme absolue.
Par contre la connaissance scientifique opère une rupture avec les préjugés issus des
coutumes établies, de léducation, de la tradition, de l’esprit théologique et de toutes
autres formes d’attitude métaphysique. La science exige la liberté totale et
l’autonomie de l’esprit. L’esprit scientifique nécessite un dépassement: réel des faits,
des phénomènes sommairement observés pour les expliquer par la connaissance des
causes profondes. Il faut donc dépasser les apparences superficielles. Ainsi, il
implique un esprit critique aigu et une objectivité totale. Il repose sur le sens de la
preuve et le besoin de certitude objective. Les savants vérifient par des expériences
précises et répétées par amour de la rigueur.
A partir des caractéristiques fondamentales de la connaissance scientifique, on peut
tirer deux types de vérités : la vérité formelle et la vérité matérielle, toutes deux
issues de démarches rigoureuses différentes relevant c'e deux catégories de science
que sont les sciences formelles et les sciences expérimentales.
II- ELABORATION DE LA CONNAISSANCE SCIENTIFIQUE
1- Les sciences formelles : Logique et Mathématiques
La logique et les mathématiques sont des sciences formelles, c’est-à-dire des sciences
hypothético-déductives (sciences du raisonnement qui tirent des conclusions à partir
d’hypothèses). En science formelle, seule importe la forme du raisonnement. Un
discours est formellement vrai s’il est cohérent. Les propositions sont rigoureusement
déduites les unes des autres comme dans le syllogisme. Le mathématicien, comme le
logicien, cherche la vérité sur les traces du logique. Est donc vrai ce qui est
logiquement prouvé, démontré. Pour être vrai au plan formel, le discours
(mathématique ou logique) n’a pas besoin que ses objets soient réels, mais que la
pensée soit en accord avec ses propres principes logiques. Seules la rigueur, la clarté
guident la démarche de recherche et d’exposition de la vérité en science formelle. Si
la vérité formelle n’a aucun contenu d’expérience, faut-il considérer que la logique et
les mathématiques sont coupées de l’expérience ?
Les mathématiques ont certes une indépendance accrue vis-à-vis de l’expérience,
mais en fait, elles restent liées à la réalité, car non seulement des notions
mathématiques telles que le cercle et le plan sont issues de l'expérience ; bien plus, les
actes de la vie quotidienne ne peuvent se passer de calculer, compter, mesurer... En
outre, les formes abstraites que les sciences formelles inventent sont utiles à
l’organisation des connaissances des sciences expérimentales. Les sciences de la
nature rassemblent les faits et les coordonnent en des conceptions de plus en plus
conformes aux lois de l’esprit. Elles tendent ainsi à s’idéaliser, à s’affranchir de
l’empirisme originel pour avoir aussi pour objets de purs concepts et procéder par
définitions abstraites et démonstrations déductives. Par exemple : Galilée donne
l’expression algébrique de la chute des corps ; Descartes, quant à lui, utilise les
relations trigonométriques pour exprimer les lois de la réfraction. C’est pourquoi les
mathématiques apparaissent désormais comme l’instrument, le langage de toutes les
sciences, une langue parlée couramment par les physiciens, les chimistes, les
biologistes...
C’est d’ailleurs ce qui fait dire à Poincaré : « toutes les lois sont tirées de
l’expérience ; mais pour les énoncer, il faut une langue spéciale. Le langage
ordinaire est trop vague pour exprimer des rapports si précis. Voilà donc une
première raison pour laquelle le physicien ne peut se passer des math. Elles lui
fournissent la seule langue qu’il puisse parler ». Galilée soulignait plus précisément
que « le livre de la nature est écrit en langage mathématique ». En un mot on ne
saurait séparer la vérité formelle et la vérité matérielle.
2- Les sciences expérimentales et la vérité matérielle
Les sciences de la nature (physique, chimie, biologie...) produisent des connaissances
qui permettent d’agir sur les choses et de prévoir rigoureusement le cours des
événements, des phénomènes.
Mais depuis la réconciliation établie par Kant entre l’empirisme et le rationalisme, on
a fini par comprendre que dans les sciences de la nature, la recherche de la vérité se
fonde sur le va-et-vient permanent de la raison entre théorie et expérience. Gaston
Bachelard déclare à ce sujet que lorsque le savant raisonne, il doit expérimenter ; s’il
expérimente, il doit raisonner et théoriser.
La théorie et l’expérience sont deux moments complémentaires importants dans le processus
de construction de la vérité matérielle. La recherche de la vérité qui procède de la
démarche expérimentale consiste dans la création artificielle d’un phénomène à
l’effet de l’observer ou de l’étudier. Elle se présente comme suit : Mise en œuvre
d’une observation, d’un phénomène ou un fait problème ; émission d’une hypothèse
qui est une explication anticipée, provisoire du fait, et enfin, recours à la vérification
expérimentale qui confirme ou infirme l’hypothèse.
On peut retenir de ce qui précède que la démarche expérimentale consiste à unir
harmonieusement la pensée et l’expérience, c’est-à-dire la théorie et la pratique pour
parvenir à l’établissement de la vérité sur les choses. Il faut toutefois souligner qu’au-
delà de toute cette démarche, aucune expérience ne peut vérifier définitivement une
théorie. Ce n’est pas parce que les conséquences d’une théorie sont conformes aux
données expérimentales qu’elle est vérifiée, car rien ne permet d’affirmer qu
une
expérience ultérieure ne remettra pas la théorie en défaut. Une théorie ne résiste que
de façon provisoire aux tests expérimentaux mis en œuvre pour tenter de la réfuter.
Retenons que la méthode expérimentale exclut l’arbitraire et à peu près de la
connaissance. Elle fait connaître les choses comme elles sont et constitue de ce fait
une démarche qui donne à la science la compétence, la crédibilité dans la recherche
de la vérité. Si la science est dépositaire de la vérité, comment expliquer alors ses
limites et ses lacunes ?
III- LIMITES ET CARENCES DE LA VERITE SCIENTIFIQUE :
LA NECESSITE DES VERITES MORALES ET
SENTIMENTALES
La science n’a pas le monopole de la vérité. L’expérience nous montre en effet que
l’art, la religion, la philosophie, la morale... produisent aussi des vérités. En outre
l’existence de l’irrationnel (même dans le domaine de la science) impose à la vérité
scientifique des limites irréductibles qui font appel à d’autres formes de valeur.
1- Les limites de la raison et celles de la méthode expérimentale
Les hommes de science croient aux énormes capacités de la raison. Ils croient qu’elle
gouverne le monde et qu’elle peut tout connaître, tout expliquer. Ces prétentions sur
la toute-puissance de la raison sont contrariées par l’existence de l’incompréhensible,
des mystères et des choses inexplicables qui grouillent dans l’univers et qui font
perdre à la science son latin. A ces limites de la raison qui enferment la connaissance
scientifique dans les bornes de l’espace et du temps, s'ajoutent les lacunes de la
méthode expérimentale considérée à tort comme l’unique condition de la
connaissance crédible.
Non seulement elle n'est pas commode et féconde' dans certaines disciplines comme
les sciences humaines qui sont l’ensemble des disciplines qui, par opposition au
reste, traitent de ce qui caractérise l’homme : son comportement psychique, ses
œuvres, son histoire, son langage, son être social etc. La raison est que l’homme est le
sujet mais aussi et surtout le principal objet d’étude des sciences humaines. Cette
confusion de l’objet et du sujet d’étude qui est propre aux sciences humaines pose
des difficultés méthodologiques et rend difficile, dérisoire la vérité au niveau de la
connaissance de l’homme. En effet, ironise COMTE, peut-on être à la fenêtre et se
voir passer dans la rue ? Aussi, en tant qu’être vivant (c’est-à-dire un être doté d’un
système organisé impliquant un renouvellement permanent lié à des phénomènes de
nutrition, d’assimilation, un système d’auto réparation et de reproduction), l’homme,
ce vivant particulier, ne peut se soumettre à n’importe quelle sorte d’expérience.
L’expérimentation qui garantit le succès, la crédibilité dans les sciences
expérimentales n’étant pas toujours possible, la vérité à laquelle l’on parvient dans
les sciences humaines est teintée d’une dose certaine subjectivité car le chercheur
aura tendance à se projeter sur l’objet d’étude, à l’interpréter sur la base de ses
propres opinions. Par ailleurs, la méthode expérimentale est handicapée ’ par le
raisonnement inductif qui la sous-tend. Parce qu’elle établit des vérités universelles à
partir de quelques cas particuliers, l’induction pose de sérieux problèmes
méthodologiques aggravés de surcroît par des questions d’ordre éthique.
2- Les carences morales et sentimentales de la science
La science nous aide certes à dominer la matière mais elle n’est d’aucune utilité
morale et sentimentale. Elle ne peut combler les lacunes morales et spirituelles de
l’homme ni mettre un terme à sa misère sentimentale. Elle n’est d’aucun secours
lorsque, angoissés, nous nous interrogeons sur le sens de notre existence e t la
meilleure manière de la vivre. Incapable de nous aider à distinguer le bien du mal et
de nous apprendre l’humanité (l’amour, la solidarité, la vertu...), la science récuse les
valeurs sentimentales (joie, tristesse, passion...) qui, pourtant donnent à la vie couleur
et saveur. Ces lacunes de la vérité scientifique sont comblées par celles du cœur et de
la foi. L’homme, écrit, à juste titre Alquié, a d’autres voies que celle s de la science
pour parvenir à la lumière de la vérité.
CONCLUSION
Nous devons retenir que loin d’avoir le monopole de la vérité, la science n’exprime
qu’un type particulier de vérité parmi tant d’autres. Ainsi la vérité du cœur, celle de
la foi, de la philosophie, de l'esthétique, de la politique... sont des valeurs
complémentaires de la vérité scientifique. La science et la poésie selon Bachelard se
complètent dans un esprit capable de s’ouvrir l’une à l’autre. "Elles doivent s’unir
comme deux contraires bien faits".
CONCLUSION GENERALE
Nous pouvons retenir en définitive qu’il existe beaucoup de difficultés à
appréhender la vérité qui est plurivoque. L’absence d’un critère définitif de la vérité
qui consacre ainsi sa relativité, l’incapacité de l’homme à exprimer, en toute
circonstance, l’adéquation de l’esprit et de la réalité, les limites de la démarche
scientifique dans la connaissance de l’homme sont autant de preuves qui justifient les
difficultés à appréhender les conditions de possibilité de la vérité.