PROBLEMATIQUE 4 :
LA VERITE, PROBLEME DE CONNAISSANCE OU DE
COMMUNICATION ?
Objectif Général : Amener l’élève à appréhender les conditions de possibilité de la
vérité.
INTRODUCTION GENERALE
L’histoire de la science nous apprend que la connaissance scientifique n’est pas
spontanée chez l’homme. Elle est le produit d’une longue histoire ; et le mérite
d’Auguste COMTE est d’avoir retracé les étapes de cette histoire de l’esprit humain
dans son processus avec la loi des trois états. Cette loi n’est rien d’autre que l’exposé
hypothétique que retrace l'histoire de l’évolution de l’esprit humain à travers les
âges. C’est à partir de cette histoire que nous découvrons le processus de maturation
de l’esprit qui aboutit grâce à la science, à la vérité sur les choses. Mais qu’est-ce que
la vérité ?
Peut-elle se révéler réellement à l’homme ? Ou encore peut-on la réduire à la vérité
scientifique ? En d’autres termes, la science seule peut-elle atteindre la vérité ?
PROBLEME 1 : PEUT- ON DEFINIR LA VERITE ?
OST : Etre capable de saisir la difficulté à définir la vérité.
INTRODUCTION
L'idéal de toue connaissance est de saisir les choses dans leur vérité. La vérité serait
donc l’aboutissement souhaité d’un effort de recherche ou de compréhension des
choses. Mais qu’est-ce que la vérité ? Peut se révéler dans le discours de l’homme ?
I- APPROCHE DEFINITIONNELLE
M. Heidegger nous révèle que le mot vérité vient du terme grec « aletheia » qui
signifie se dévoiler, monter dans la lumière de la raison. Mais souvent, on désigne
par vérité la conformité des paroles dites ou les récits entendus avec ce que nous
savons ou croyons savoir. B. de Spinoza fait remarquer dans Pensées Métaphysiques
que « la première signification de vrai et de faux semble avoir tiré son origine des
récits ; et on a dit vrai un récit quand le fait était réellement arrivé ; faux quand le
fait raconté n’était arrivé nulle part. Plus tard les philosophes ont employé ce mot
pour désigner l’accord ou le non-accord d’une idée avec son objet ; ainsi on appelle
idée vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même, fausse celle
qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité ».
On dit « c’est vrai », « c’est faux » à propos de paroles, de récits. La vérité est de ce
point de vue la valeur du jugement que l’on émet. Les rapports entre les hommes
étant basé sur la confiance, la vérité, il y a une sorte d’obligation pour l’homme de
dire la vérité. Toutefois, au-delà de cette approche générale, il y a différentes
acceptions du concept qu'il convient d’examiner en détail malgré les sons
discordants sur leur fiabilité.
1- L’unanimité comme critère de vérité
Lorsque les esprits s’accordent sur un fait, lorsqu’ils sont unanimes, on pense
généralement détenir la vérité. Dans ce cas, la vérité semble se trouver du côté du
grand nombre. On retrouve ce critère surtout dans le domaine politique et
particulièrement dans les régimes démocratiques. Mais ce critère peut être
insuffisant, car il se peut que le grand nombre se trompe et soit dans l’erreur.
Autrement dit, il peut arriver qu’un seul individu ait raison contre tous. L’unanimité
n’est donc pas d’emblée un critère de la vérité.
2- La vérité formelle - la cohérence logique
Dans le cadre de la vérité formelle, la préoccupation fondamentale de l’esprit est le
respect des principes premiers de la raison. La vérité formelle obéit à une exigence de
rigueur, comme en mathématiques, à un principe de non contradiction. Autrement
dit, un discours est dit vrai lorsqu’il ne comporte en lui aucune contradiction.
Exemple : Tous les hommes sont honnêtes, Kouassi est un homme Donc Kouassi est
honnête.
Formellement, ce discours est vrai. Niais la vérité formelle ignorant la réalité, il
importe peu que Kouassi soit honnête ou non ou que tous les hommes soient
honnêtes ou pas. En résumé, la cohérence formelle ne suffit pas toujours.
3- Vérité et pragmatisme
Le pragmatisme, avec Williams James, soutient que le seul critère de la vérité est le
succès. Pour lui, l’idée vraie est celle qui a le plus grand rendement, qui est la plus
efficace, la plus utile.
4- L’évidence et lu vérité
Selon DESCARTES, l’évidence est le seul critère de vérité. Est vrai ce qui apparaît à
l’esprit de façon claire et distincte, c’est-à-dire, ce qui est évident. L’idée claire est
l’idée qui est manifeste à l’esprit, qui est présente sans obscurité, alors que l’idée
distincte, c’est celle qu’on ne peut confondre avec aucune autre. Pour DESCARTES
et SPINOZA, la vérité est ce qui se présente si clairement et si distinctement qu’on ne
peut la mettre en doute. Spinoza affirme justement clans L’Ethique que « les idées
qui sont claires et distinctes ne peuvent jamais être fausses ».
Mais une telle acception n
est-elle pas équivoque ? Il va sans dire que ce qui est
évident pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Cette idée semble rappeler
la maxime de PROTAGORAS qui disait que « l’homme est la mesure de toute
chose » pour souligner la relativité de la vérité ; ce qui met en exergue la difficulté de
définir la vérité, surtout lorsqu’il s’agit de déterminer un discours vrai, c’est-à-dire
porter un jugement vrai sur une chose avec le langage.
II - VERITE ET LANGAGE
Peut-on dire avec vérité les choses ? Le langage traduit-il fidèlement la pensée, les
idées ? Ne trahit-il pas la pensée; Pour répondre à ces questions, il conviendrait de
déterminer d’abord la nature du langage.
1- La Nature du langage
Par langage, on entend la fonction d’expression de la pensée, de communication
entre les hommes, mise en œuvre par la parole ou l’écriture ou encore par les gestes.
Dans un sens plus large, il apparaît comme; tout système de signes permettant la
communication. C’est ainsi qu’on parlera du langage des chiffres, du langage des
animaux, du langage visuel et toutes autres formes de langage avec des symboles
avec lesquels les hommes échangent, communiquent leurs idées. Aussi, avec les
nouvelles technologies de l’information (les NTIC), avec le téléphone, le fax, le télex,
l’Internet et le mécanisme de la vidéo conférence, les hommes communiquent-ils leur
pensée malgré la grande distance. C’est fondamentalement cette fonction qui fait du
langage le propre de l’homme. Mais c’est par abus qu’on parle du langage des
animaux compte tenu du fait que certains animaux utilisent des signes naturels
stéréotypés, figés, pour donner des informations et susciter des comportements chez
leurs congénères; comme le montrent les travaux de Karl Von Frish sur les abeilles
dans Vie et mœurs des abeilles.
En réalité, les animaux n’ont pas de langage articulé comme celui de l'homme, car le langage
témoigne de la présence de la pensée, de l’esprit. Contrairement au pseudo-langage
animal, le langage humain est évolutif, créatif et traduit la culture d’un peuple. Par sa
fonction de communication, il permet aux différentes consciences de rompre avec la
solitude et donc de s’ouvrir les unes aux autres, contribuant ainsi à la recherche et à
l’expression de la vérité sur notre monde intérieur (c’est-à-dire nos pensées et nos
idées) mais aussi sur le monde extérieur.
Mais le langage manifeste-t-il toujours la vérité sur nos pensées ? Ne trahit-il pas la
pensée ? Ou encore par le langage l’homme ne voile-t-il pas délibérément la vérité ?
2- Le procès du langage
Le langage est censé exprimer la pensée. Mais oh dénonce souvent les dérives et les
périls du langage dans l’expression de la pensée. En effet, les mots ne traduisent pas
toujours fidèlement la pensée. Il existe; souvent un décalage entre ce qu’on pense et
ce qu’on dit. La pensée, le sentiment, l’intuition ont toujours quelque chose
d’ineffable, d’indicible. Les faits que nous vivons quotidiennement nous permettent
de dire et de penser que par le langage, l’homme ne peut pas traduire exactement et
en toute circonstance les situations de la vie sociale mentale et psychique.
Ainsi, l’homme est obligé de se contenter des termes approximatifs pour traduire soit
la joie qui l’anime, soit la grande peine et le chagrin qui le rongent. L’expression « les
mots me manquent » qui est devenue presque une mode traduit suffisamment l’idée
que le langage n’est pas toujours la copie exacte de la vie de l’âme ou de nos états de
conscience. Le langage n’a pas toujours les moyens appropriés pour décrire
fidèlement toutes les situations émotionnelles, sentimentales auxquelles l’homme est
confron; comme si les mots ne suffisaient pas pour traduire nos idées. C’est ce que
reconnaît DIDEROT en ces termes : « je crois que nous avons plus d’idées que de
mots. (...). On ne retient presque rien sans les mots et les mots ne suffisent presque
jamais pour rendre précisément ce que l’on ressent ». Pensées détachées sur la
peinture. S’il y a des choses, sentiments, des sensations dont la beauté et la force ne
peuvent être traduites, exprimées par des mots, on doit comprendre que le langage
ne traduit qu’imparfaitement ce que nous voyons pou ressentons. C’est ce que
reconnaît BERGSON en ces termes : « nous échouons à traduire entièrement ce que
notre âme ressent ; la pensée demeure incommensurable avec langage ».
Par conséquent, le langage ne traduit pas toujours la vérité et rien ne nous garantit quant à
l’exactitude de nos propos ou de ceux d’autrui. Par ailleurs, nous faisons l’expérience
de l’inadéquation entre ce que nous disons et ce que nous pensons à travers les lapsi.
Le langage est donc trompeur par moment.
La dérive du langage est encore plus déplorable surtout lorsqu’il s’agi; de la
"rhétorique, ouvrière de la persuasion" comme le faisait remarquer PLATON dans Le
Gorgias.
En effet, la rhétorique ne tente pas de persuader les esprits en leur enseignant la
vérité, en leur apportant la connaissance vraie de la science (ainsi que le fait la
dialectique du philosophe), nais simplement de déterminer chez eux une persuasion
de croyance, en leur suggérant une opinion et rien de plus. Fondée sur le charme, le
faux-semblant et l’illusion, sa puissance est universelle puisqu’elle peut tout dire sur
n’importe quel sujet en contrefaisant, en falsifiant, en voilant la vérité sur les choses.
CONCLUSION
On peut retenir de tout ce qui précède que malgré les diverses façons d’exprimer les
choses, malgré le développement des moyens de communication, il reste toujours
difficile de déterminer les choses avec vérité, surtout que le concept de vérité est un
concept plurivoque. Aussi, l’absence d’un critère définitif qui puisse nous mettre à
l’abri de toute erreur rend-t-il incertaine la découverte de la vérité. Par ailleurs, la
communication et le langage n’échappent pas à cette incertitude car l’homme en tant
qu’il est le siège des émotions, des désirs, des phénomènes inconscients, est incapable
de communiquer, de traduire toute sa pensée et sa vie intérieure. Si la vérité échappe
presque continuellement à l’homme, comment expliquer alors le privilège accordé à
la vérité scientifique.